Un acheteur qui reçoit le dossier d’une société de facility management ouvre rarement le compte de résultat en premier. La maintenance technique vaut plus cher que l’entretien courant à chiffre d’affaires identique, et il commence donc par répartir votre facturation par ligne de service : nettoyage courant, maintenance technique, accueil, espaces verts, petits travaux.
Le marché reste large et peu externalisé. Les dépenses de facility management des entreprises et des administrations françaises ont atteint 102 milliards d’euros en 2024, dont 16 milliards seulement confiés à des prestataires extérieurs, le reste étant assuré en interne (Les Echos Études, « Le marché du facility management à l’horizon 2030 », relayé par Services le 22 janvier 2026).
Article mis à jour en 2026.
Vous pensez à céder votre entreprise ?
Un premier échange confidentiel, sans engagement, pour faire le point sur votre projet, sur ce que vaut votre société aujourd’hui et sur les acquéreurs possibles.
Le prix dépend de la répartition entre nettoyage et maintenance
Un client remet un contrat d’entretien courant en concurrence sans difficulté. Il change de prestataire, les agents restent sur le site, le matériel est banal et le prix au mètre carré circule dans la profession.
Sur la maintenance technique, il hésite davantage. Il faut des techniciens habilités, une astreinte qui répond la nuit, un historique d’interventions sur des équipements que le successeur ne connaît pas, parfois un engagement de résultat sur la disponibilité des installations. Préparez les fiches d’intervention et les procès-verbaux de maintenance réglementaire du dernier exercice.
Entre les deux, l’accueil, la gestion des déchets et les espaces verts se négocient selon la part de main-d’œuvre et la technicité réelle. À chiffre d’affaires égal, une société à dominante multitechnique ne se présente pas au même prix qu’une société d’entretien courant. Notre page sur la valorisation d’entreprise en donne la mécanique complète : le calcul part du résultat retraité, comme pour n’importe quelle PME de services.
Quand le client change de prestataire, les agents suivent
Dans ce métier, perdre un marché ne veut pas dire licencier. Les salariés affectés au site sont repris par le prestataire entrant, sous conditions d’ancienneté et d’affectation ; c’est le mécanisme que détaille notre guide de cession d’une entreprise de nettoyage, et il vaut aussi pour la part propreté d’un contrat multiservices. Le texte applicable est la convention collective nationale des entreprises de propreté et services associés du 26 juillet 2011.
Les agents partent donc avec le site. L’encadrement, le chef de secteur, la part de structure et les véhicules restent chez vous. Si trois contrats arrivent à échéance dans l’année, ces charges restent à financer sans le chiffre d’affaires correspondant.
Un acheteur classe vos contrats par date de fin et par durée de préavis, puis mesure le chiffre d’affaires qui peut disparaître dans les douze mois suivant la signature. Les demandes de séquestre et de complément de prix portent sur cette colonne.
Qui rachète des sociétés de services aux bâtiments en France
Les PME du secteur intéressent d’abord des groupes régionaux qui grossissent par rachats successifs. NSI Groupe, installé près de Valenciennes, a repris ASHUB Propreté à Créteil, spécialisée dans les salles de sport, qui réalisait 6,5 millions d’euros de chiffre d’affaires : opération annoncée le 15 juillet 2026 par Auris Finance, après la reprise de RM Propreté en Seine-Maritime le 26 janvier 2026. NSI déclarait plus de 80 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.
Duranet Groupe, basé à Creil, a repris en juillet 2026 Renaudin Propreté à Reims, fondée en 1992, qui réalisait 1,3 million d’euros de chiffre d’affaires (Auris Finance, 29 juillet 2026). La société parisienne NIKITA a racheté MPH NET, qui travaille pour des syndics et des gestionnaires d’immeubles, opération publiée le 24 avril 2026. Dans son recensement des opérations 2025, publié le 16 février 2026, le même cabinet place EMN, Eco Clean Services, NSI Groupe et Awen Services en tête des acheteurs récurrents.
GSF, contrôlé depuis 2022 par le fonds TowerBrook, a finalisé en septembre 2025 la reprise du groupe Ithaque, qui réunit Pénélope dans l’accueil et FMG dans le marketing opérationnel, et a fait passer plus d’un quart de son activité hors du nettoyage (Auris Finance, 13 octobre 2025). Les grands groupes achètent surtout pour élargir leur offre de cette façon. Tous ne sont pas en position de le faire : les créanciers d’Atalian ont converti en juin 2026 une large part de leur créance en capital pour redresser les comptes du groupe.
Kresk Développement a repris Europ Net, Adagia Partners a repris AGN Nettoyage, deux rachats financés par emprunt et montés avec un dirigeant repreneur, l’un et l’autre au recensement 2025 d’Auris Finance. Ces deux familles d’acheteurs, les fonds et les groupes du métier, sont comparées dans notre article sur le fait de vendre à un fonds ou à un industriel. Sur ces montages, la durée d’accompagnement demandée au dirigeant pèse autant que le prix.
Vendre une partie des contrats plutôt que la société
Le secteur pratique aussi la cession partielle, et les dirigeants de PME y pensent rarement. En février 2025, Samsic a cédé ses activités franciliennes de propreté urbaine à Sepur : un lot de contrats et les sites d’exploitation qui vont avec, pour 12 millions d’euros de chiffre d’affaires.
La mécanique juridique diffère de celle d’une cession de titres. Vendre un ensemble de contrats revient à céder une branche d’activité, avec application de l’article L. 1224-1 du code du travail aux salariés qui y sont rattachés, et un accord client à obtenir contrat par contrat quand la clause de cession l’impose. Pour un marché public, le changement de titulaire passe par la procédure de substitution prévue à l’article R. 2194-6 du code de la commande publique.
Cette voie a du sens quand une partie de votre activité tire l’ensemble vers le bas, ou quand vous tenez à garder le métier historique. Nous la déconseillons lorsque les contrats reposent sur la même équipe d’encadrement et sur les mêmes moyens : dans ce cas la société qui reste perd son encadrement, et le prix proposé baisse d’autant.
Le premier tableau demandé en audit
Le taux horaire facturé et le taux horaire coûté, les heures budgétées et les heures réellement passées, le poids des remplacements et de l’absentéisme : le premier document demandé rapproche ces colonnes marché par marché. Le tableau fait souvent apparaître des sites à marge négative, compensés par les autres.
La masse salariale porte la plus grande part des coûts, donc les postes sociaux sont regardés de près : temps partiels et heures complémentaires, requalifications possibles, soldes de congés payés et primes d’ancienneté non provisionnés, contentieux prud’homaux en cours, conformité de la sous-traitance et vigilance URSSAF. L’audit les chiffre, puis les déduit du prix ou les renvoie à la garantie d’actif et de passif.
Vos contrats pluriannuels sans clause de révision, ou avec un index mal choisi, laissent l’inflation salariale à votre charge jusqu’à la prochaine renégociation. Une fois retraités, ces écarts entrent dans les agrégats financiers comparés d’un dossier à l’autre. Recensez les contrats concernés avant d’ouvrir le vôtre, avec la date de la dernière revalorisation obtenue sur chacun.
Préparer le dossier pendant que les contrats tournent
Trois pièces sont nécessaires avant d’ouvrir les discussions. Un tableau des contrats avec date de début, date de fin, préavis, clause de révision et marge de l’année écoulée. Une liste du personnel par site, avec ancienneté, qualification et temps de travail. Un état des certifications et des assurances en cours, avec leur date d’échéance.
Ensuite, on traite ce qui ferait baisser le prix : un client trop lourd, une dépendance à votre présence sur les comptes principaux, des prestations réalisées sans contrat écrit, un encadrement intermédiaire trop mince pour tenir sans vous. Notre diagnostic de cession sert à repérer ces points avant qu’ils ne ressortent en audit. Ces corrections doivent apparaître dans les comptes, ce qui demande au moins un exercice complet.
Fixez en parallèle le calendrier d’information des salariés, dont nous décrivons le déroulé dans notre article sur la communication auprès des salariés. La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 impose, dans les entreprises de moins de cinquante salariés, de les informer au plus tard un mois avant la cession ; au-delà de ce seuil, l’information-consultation du comité social et économique s’applique.
Les questions que nous posent les dirigeants de sociétés de services
Combien vaut ma société de facility management ?
Le prix part du résultat retraité et de la solidité du portefeuille. Un multiple du chiffre d’affaires ne dit rien de la rentabilité de chaque site. À résultat égal, une société dont les contrats sont pluriannuels, révisables et majoritairement techniques vaut plus cher qu’une société d’entretien courant renouvelable chaque année, et les multiples cités dans la presse concernent des groupes bien plus gros que le vôtre.
Comment approcher ces groupes sans que mes clients l’apprennent ?
Des acheteurs comme NSI Groupe, EMN ou Duranet reprennent plusieurs sociétés par an, mais ils ne publient pas leurs critères, et les annonces d’entreprises de multiservices à vendre ne montrent qu’une petite partie du marché. Nous les approchons sans donner votre nom, à partir d’une présentation anonyme de votre activité, et nous en mettons plusieurs en face en même temps. Votre identité n’est communiquée qu’après signature d’un engagement de confidentialité.
Puis-je céder seulement une partie de mes contrats ?
Oui, l’opération est courante dans le secteur, comme l’a montré la cession des contrats franciliens de propreté urbaine de Samsic à Sepur en février 2025. Elle suppose de vérifier les clauses de cession de chaque contrat, d’appliquer l’article L. 1224-1 du code du travail aux salariés rattachés et de demander une substitution de titulaire sur les marchés publics concernés.
Que deviennent mes salariés après la vente ?
En cession de titres, rien ne change pour eux : la société reste l’employeur et les contrats se poursuivent aux mêmes conditions. En cession de branche ou de fonds, les contrats de travail attachés à l’activité sont transférés de plein droit à l’acquéreur, avec leur ancienneté. Les acheteurs du secteur cherchent en général à garder l’encadrement, qui fait la tenue des sites.
Il faut compter combien de temps avant la signature ?
Le délai dépend de l’état de vos pièces au départ. Si la rentabilité par site n’est pas suivie, il faut la reconstituer avant d’ouvrir le dossier. Les discussions butent ensuite le plus souvent sur la garantie d’actif et de passif et sur le sort des contrats à échéance proche.
Sources : Les Echos Études, « Le marché du facility management à l’horizon 2030 », relayé par Services le 22 janvier 2026 ; Auris Finance, NSI Groupe / ASHUB Propreté (15 juillet 2026), NSI Groupe / RM Propreté (26 janvier 2026), Duranet Groupe / Renaudin Propreté (29 juillet 2026), NIKITA / MPH NET (24 avril 2026), GSF / groupe Ithaque (13 octobre 2025), Samsic / Sepur (26 février 2025) et bilan M&A 2025 Propreté et Multiservices (16 février 2026) ; Les Echos, recapitalisation d’Atalian (1er juin 2026) ; convention collective nationale des entreprises de propreté et services associés du 26 juillet 2011 ; code du travail, article L. 1224-1 ; code de la commande publique, article R. 2194-6 ; loi n° 2026-403 du 26 mai 2026.
Pour situer votre société, nous partons du tableau des contrats avec leurs échéances, de la marge par site sur le dernier exercice et de la liste du personnel affecté. Avec ces pièces, nous vous disons quels acheteurs regarderont le dossier et ce qu’il faut reprendre avant de les approcher. Échangeons en toute confidentialité.


