Articles | Catégorie Juridique Céder, valoriser et financer votre PME Fri, 23 Oct 2026 09:34:10 +0000 fr-FR hourly 1 https://www.monprojetpme.fr/wp-content/uploads/2022/09/cropped-FAVICON_MPP-32x32.png Articles | Catégorie Juridique 32 32 Vendre sa PME en toute confidentialité : est-ce vraiment possible ? https://www.monprojetpme.fr/vendre-sa-pme-en-toute-confidentialite/ Wed, 16 Sep 2026 08:00:00 +0000 http://www.monprojetpme.fr/?p=5244 NDA, secret des affaires, teaser anonyme, data room, clean team et nouvelles règles d'information des salariés : comment vendre votre PME en toute discrétion.

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Oui, il est possible de vendre sa PME en toute confidentialité, à condition d’organiser le processus en conséquence plutôt que de compter sur la discrétion de chacun. Concrètement, cela repose sur trois leviers : un filtrage strict des acquéreurs, une divulgation des informations par paliers, protégée à chaque étape par un accord de confidentialité, et un calendrier maîtrisé qui repousse l’information des salariés, des clients et des partenaires au moment où la loi ou l’opération l’exigent. Le risque zéro n’existe pas, mais une méthode rigoureuse le réduit fortement et permet, en cas de fuite, de disposer de recours juridiques.

Article mis à jour en 2026.

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Pourquoi la confidentialité est décisive

Un projet de cession qui s’ébruite trop tôt peut dégrader l’entreprise avant même qu’un acquéreur ne se soit engagé. Les risques sont concrets :

  • Les clients peuvent suspendre un renouvellement ou consulter d’autres fournisseurs.
  • Les salariés, en particulier les cadres clés, peuvent redouter un changement de direction et répondre à des sollicitations extérieures.
  • Les concurrents peuvent exploiter l’incertitude auprès de vos clients et de vos équipes, ou tenter d’accéder à vos informations stratégiques en se présentant comme acquéreurs.
  • Les banques et fournisseurs peuvent revoir leurs conditions face à un changement de contrôle incertain.
  • La valeur, enfin, en pâtit : un chiffre d’affaires qui fléchit ou un départ clé pendant le processus pèse directement sur le prix.

La confidentialité est donc une condition de préservation de la valeur, qui s’organise dès la préparation. Pour le déroulé d’ensemble, voir Comment vendre son entreprise en 5 étapes.

Les outils juridiques

L’accord de confidentialité (NDA)

Avant toute information identifiante, chaque candidat signe un accord de confidentialité (non-disclosure agreement, NDA). Certes, l’article 1112-2 du Code civil engage déjà la responsabilité de celui qui divulgue ou utilise une information confidentielle obtenue lors des négociations, mais l’écrit précise les obligations et facilite la preuve. Un NDA de cession prévoit généralement :

  • une définition précise des informations confidentielles, y compris l’existence même du projet de cession ;
  • l’interdiction de divulguer ou d’utiliser les informations à d’autres fins que l’étude de l’opération ;
  • la liste des personnes autorisées (dirigeants, conseils, financeurs), tenues aux mêmes obligations ;
  • la restitution ou destruction des documents si les discussions s’arrêtent ;
  • la durée de l’engagement ;
  • une clause pénale et, souvent, une clause de non-sollicitation.

Durée. Les engagements perpétuels étant prohibés (article 1210 du Code civil), l’obligation a une durée déterminée qui survit à l’arrêt des discussions : souvent 5 ou 10 ans selon Bpifrance Création, parfois 2 à 3 ans en cession. Tout dépend de la durée de vie de vos informations sensibles.

Pénalité. Sans clause pénale, il faut prouver la violation et chiffrer le préjudice, ce qui est difficile. La clause pénale fixe à l’avance une somme forfaitaire. Le juge peut toutefois la modérer ou l’augmenter si elle est manifestement excessive ou dérisoire (article 1231-5 du Code civil) : mieux vaut un montant significatif mais défendable.

Le secret des affaires

Depuis la loi n° 2018-670 du 30 juillet 2018, les articles L. 151-1 et suivants du Code de commerce protègent les informations qui ne sont pas généralement connues, qui ont une valeur commerciale du fait de leur caractère secret et qui font l’objet de mesures de protection raisonnables. Le NDA, les accès nominatifs à la data room et la traçabilité des consultations aident à les démontrer. En cas d’obtention, d’utilisation ou de divulgation illicite, une action civile est possible, dans un délai de cinq ans à compter des faits.

La non-sollicitation

La clause de non-sollicitation interdit au candidat de débaucher vos salariés, voire de démarcher vos clients, pendant une période définie. La Cour de cassation (chambre commerciale, 27 mai 2021) exige qu’une telle clause soit proportionnée aux intérêts légitimes à protéger : limitée dans le temps, ciblée sur les personnes réellement exposées, cohérente avec l’objet de l’accord. La rédaction de ces actes relève de votre avocat, l’un des intervenants clés d’une cession.

Une divulgation par paliers

Le principe est simple : chaque candidat ne reçoit que les informations nécessaires à l’étape où il se trouve, et le cercle se resserre à mesure que la sensibilité augmente. Les termes techniques (teaser, mémorandum, LOI, data room) sont définis dans notre petit lexique de la cession d’entreprise.

Étape Informations communiquées À qui
1. Teaser anonyme Secteur, zone géographique large, fourchette de chiffre d’affaires, niveau de rentabilité, atouts, motif de la cession. Aucun nom, aucun client identifiable. Une liste restreinte d’acquéreurs présélectionnés
2. Mémorandum d’information Identité de l’entreprise, historique, comptes, organisation, marché, clients présentés de façon agrégée ou anonymisée. Les seuls candidats ayant signé l’accord de confidentialité et dont le sérieux a été vérifié
3. Rencontres avec le dirigeant Stratégie, perspectives, rôle des équipes clés, réponses aux questions. Un nombre réduit de candidats sérieux, avant remise des offres
4. Data room après lettre d’intention Contrats, clients nominatifs, données sociales détaillées, litiges, éléments techniques. L’acquéreur retenu et ses conseils, par accès nominatifs ; les données les plus sensibles via une clean team s’il s’agit d’un concurrent
5. Avant la signature Information des salariés ou consultation du CSE, puis annonce aux clients et partenaires clés. Selon les obligations légales et le calendrier convenu avec l’acquéreur

Un calendrier resserré limite aussi la durée d’exposition : plus le processus s’étire, plus les occasions de fuite se multiplient.

Le cas particulier des concurrents

Un concurrent est souvent l’acquéreur le plus intéressé, parfois le mieux-disant, mais aussi le plus risqué : si l’opération échoue, il repart en connaissant vos prix, vos clients et vos marges.

Le droit de la concurrence vous protège ici : les échanges d’informations stratégiques entre concurrents sont encadrés par l’article 101 du TFUE et l’article L. 420-1 du Code de commerce. Les lignes directrices de la Commission européenne sur les accords de coopération horizontale (2023) citent comme informations commercialement sensibles les prix, les coûts, les capacités, les parts de marché, les clients ou les projets d’entrée et de sortie de marchés. Elles mentionnent les clean teams, typiquement utilisées en fusions-acquisitions, pour que ces informations ne circulent qu’en fonction du besoin et sous forme agrégée.

En pratique, face à un concurrent :

  • ne communiquez les informations sensibles qu’après la lettre d’intention, et si elles sont nécessaires ;
  • privilégiez des données agrégées ou anonymisées (chiffre d’affaires par segment plutôt que par client, grilles tarifaires moyennes) ;
  • réservez le détail à une clean team : conseils externes ou personnes de l’acquéreur sans fonction commerciale ou opérationnelle, liées par un engagement spécifique et qui ne restituent à leur mandant que des conclusions de synthèse ;
  • documentez le besoin de chaque information demandée.

Si l’opération relève du contrôle des concentrations, l’acquéreur ne peut pas non plus prendre la main sur votre gestion avant l’autorisation (article L. 430-8 du Code de commerce).

Salariés : concilier confidentialité et obligation d’information

L’obligation légale d’information intervient tard dans le processus. La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique a allégé le dispositif pour les cessions conclues à compter du 27 juillet 2026, pour la vente d’un fonds de commerce ou d’une participation majoritaire dans une entreprise de moins de 250 salariés :

  • moins de 50 salariés, ou 50 salariés et plus sans CSE : information des salariés au plus tard un mois avant la conclusion de la vente, contre deux mois auparavant ;
  • 50 salariés et plus dotés d’un CSE : l’information individuelle est remplacée par l’information-consultation du CSE, qui dispose d’un mois pour rendre son avis ;
  • en cas de manquement, l’amende civile est plafonnée à 0,5 % du prix de vente, contre 2 % auparavant.

Les salariés informés sont tenus à une obligation de discrétion ; un manquement peut justifier une sanction disciplinaire. Les membres du CSE sont, eux, tenus à la discrétion sur les informations présentées comme confidentielles par l’employeur (article L. 2315-3 du Code du travail).

Avant ce stade, vous n’avez aucune obligation d’annoncer le projet. Un ou deux collaborateurs clés (direction financière notamment) devront souvent être associés plus tôt pour préparer les données : encadrez-le par un engagement de confidentialité individuel, qui complète l’exécution de bonne foi du contrat de travail (article L. 1222-1 du Code du travail). Pour la méthode et un modèle de lettre, voir Cession d’entreprise : comment communiquer auprès de ses salariés.

Le rôle du conseil en cession

Le conseil en cession est le premier rempart de la confidentialité, parce qu’il s’interpose entre vous et le marché :

  • Filtre des acquéreurs : il qualifie chaque candidat (capacité financière, projet réel, historique) avant tout envoi, et écarte ceux qui cherchent surtout à collecter de l’information.
  • Anonymat : il approche les acquéreurs en son nom, avec un teaser qui ne permet pas d’identifier l’entreprise, et ne révèle votre identité qu’après signature du NDA et accord de votre part.
  • Data room sécurisée : accès nominatifs et révocables, droits différenciés par candidat, consultation sans téléchargement ni impression pour les documents sensibles, filigrane et journal des consultations. Ces pratiques rejoignent les recommandations du guide de la CNIL sur la sécurité des données (gestion des habilitations, authentification multifacteur, chiffrement des échanges, traçabilité). Les données personnelles des salariés y sont communiquées de façon minimisée, par exemple pseudonymisées, tant que le détail n’est pas indispensable.
  • Rythme : un calendrier tenu et des échanges centralisés évitent la multiplication des interlocuteurs et des versions de documents.

Les erreurs à éviter

  1. Diffuser une annonce ou un teaser identifiable : une localisation précise, un chiffre d’affaires exact ou un savoir-faire unique suffisent parfois à vous reconnaître.
  2. Transmettre des chiffres avant la signature du NDA, même « pour se faire une idée ».
  3. Signer un NDA type sans l’adapter : pas de clause pénale, durée floue, personnes autorisées non listées.
  4. Ouvrir la data room complète trop tôt ou à trop de candidats en même temps.
  5. Donner à un concurrent vos données clients détaillées sans clean team.
  6. Multiplier les intermédiaires qui présentent chacun le dossier à leur façon.
  7. Laisser traîner le processus ou organiser les rendez-vous dans les locaux de l’entreprise.
  8. Oublier le calendrier social : une information des salariés ou une consultation du CSE improvisée en fin de parcours retarde la signature.

Questions fréquentes

Un acquéreur peut-il refuser de signer un accord de confidentialité ?

Il peut en négocier la durée ou la pénalité. Un refus de principe est un signal d’alerte : sans NDA, aucune information identifiante n’est transmise.

Combien de temps dure un accord de confidentialité ?

Une durée déterminée, les engagements perpétuels étant prohibés : de 2 à 3 ans après les discussions jusqu’à 5 ou 10 ans pour des informations durablement sensibles.

Que faire si une fuite se produit malgré tout ?

Conservez les preuves (journal de la data room, échanges), faites constater la violation et mettez le candidat en demeure : la clause pénale n’est en principe encourue qu’après mise en demeure. Votre avocat peut aussi agir sur le fondement du secret des affaires.

Dois-je informer mes salariés dès le début du projet ?

Non. L’information des salariés, ou la consultation du CSE, intervient avant la conclusion de la vente (un mois avant pour les cessions conclues depuis le 27 juillet 2026). Seuls quelques collaborateurs clés sont associés plus tôt, sous engagement de confidentialité.

Peut-on vendre à un concurrent sans lui ouvrir tous ses dossiers ?

Oui : informations sensibles communiquées tardivement, agrégées ou réservées à une clean team, comme le droit de la concurrence l’impose d’ailleurs.

Échangeons en toute confidentialité

Vendre sa PME sans que le marché le sache est une question de méthode : filtrer, séquencer, encadrer juridiquement et tenir le calendrier. Si vous réfléchissez à une cession, même à un horizon de plusieurs années, commencez par estimer la valeur de votre entreprise avec notre outil de valorisation : vos données restent confidentielles. Vous pouvez aussi demander un premier échange avec l’équipe Mon Projet PME : il est confidentiel, sans engagement, et nous permet d’examiner avec vous la façon de protéger votre projet dès le départ.

Sources : Code civil (art. 1112-2, 1210, 1231-5) ; Code de commerce (art. L. 151-1 s., L. 420-1, L. 430-8) ; Code du travail (art. L. 1222-1, L. 2315-3) ; loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 ; Service-Public Entreprendre (fiche mise à jour le 22 juillet 2026) ; economie.gouv.fr ; Bpifrance Création (fiches NDA et transmission) ; Commission européenne, lignes directrices horizontales (2023) ; Cass. com., 27 mai 2021 ; CNIL, Guide de la sécurité des données personnelles (2024).

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Pacte Dutreil : transmettez votre PME familiale à moindre frais (règles 2026) https://www.monprojetpme.fr/pacte-dutreil-transmettez-votre-pme-familiale-a-moindre-frais/ Wed, 16 Sep 2026 08:00:00 +0000 http://www.monprojetpme.fr/?p=6206 Exonération de 75 %, engagements de conservation, nouveautés de la loi de finances 2026 et exemple chiffré : l’essentiel du pacte Dutreil pour votre PME.

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Le pacte Dutreil est un régime fiscal prévu par l’article 787 B du Code général des impôts qui exonère de droits de donation ou de succession 75 % de la valeur des titres d’une société transmise à titre gratuit, en contrepartie d’engagements de conservation des titres et de direction de l’entreprise. Seul le quart restant est taxé, après application des abattements habituels. Pour une donation en pleine propriété consentie par un dirigeant de moins de 70 ans, les droits ainsi calculés sont en outre réduits de moitié. Sur une PME valorisée 10 M€ transmise à deux enfants, la facture fiscale peut passer d’environ 3,4 M€ à environ 200 000 €.

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Le pacte Dutreil : principe et avantages

Créé en 1999, le dispositif vise à éviter que le coût fiscal d’une transmission familiale contraigne les héritiers à vendre l’entreprise. Il s’applique aux donations (y compris donations-partages) comme aux successions, aux titres de sociétés (article 787 B du CGI) comme à l’entreprise individuelle (article 787 C).

Ses avantages se cumulent :

  • Exonération de 75 % de la valeur des titres transmis, sans plafond de montant ;
  • Abattements de droit commun appliqués sur la part restant taxable (100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans) ;
  • Réduction de 50 % des droits (article 790 du CGI) pour une donation en pleine propriété lorsque le donateur a moins de 70 ans ; cette réduction ne concerne ni les successions ni les donations en nue-propriété ;
  • Paiement différé et fractionné des droits restants : différé de 5 ans puis paiement en 10 ans (21 versements semestriels), à un taux d’intérêt réduit, notamment lorsque la transmission porte sur au moins 5 % du capital de la société.

Les conditions à respecter

L’engagement collectif de conservation

Avant la transmission, le dirigeant (seul, depuis 2019, ou avec d’autres associés) souscrit un engagement de conserver ses titres pendant au moins deux ans. Il doit porter sur au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote d’une société non cotée (10 % et 20 % pour une société cotée). La transmission doit intervenir alors que cet engagement est en cours, et il doit être constaté par acte notarié ou acte sous seing privé enregistré.

Deux mécanismes permettent de s’en passer lorsque rien n’a été signé :

  • L’engagement réputé acquis : les titres sont détenus depuis au moins deux ans par le défunt ou le donateur, seul ou avec son conjoint, partenaire de Pacs ou concubin, dans le respect des seuils, et l’un d’eux exerce depuis plus de deux ans une fonction de direction dans la société ;
  • L’engagement post mortem : en cas de décès, les héritiers ou légataires peuvent conclure l’engagement collectif dans les six mois qui suivent le décès, entre eux ou avec d’autres associés.

L’engagement individuel de conservation

Chaque héritier, donataire ou légataire s’engage, dans l’acte de donation ou la déclaration de succession, à conserver les titres reçus pendant six ans à compter de la fin de l’engagement collectif. Cette durée était de quatre ans pour les transmissions antérieures au 21 février 2026. Un manquement individuel ne remet en cause que l’exonération du bénéficiaire concerné.

La fonction de direction

L’un des signataires de l’engagement collectif ou l’un des bénéficiaires doit exercer une fonction de direction dans la société (gérant, président, directeur général, président du conseil d’administration, etc., ou activité professionnelle principale dans une société de personnes) pendant toute la durée de l’engagement collectif et pendant les trois ans qui suivent la transmission.

L’activité éligible et le cas des holdings

La société doit exercer à titre principal une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale. L’administration retient en pratique un double critère : au moins 50 % du chiffre d’affaires et au moins 50 % de l’actif brut relevant de l’activité éligible. Sont notamment exclues la gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier et la location meublée.

Une holding animatrice, qui participe activement à la conduite de la politique du groupe et au contrôle de ses filiales opérationnelles, est elle-même éligible. L’engagement collectif peut également être pris par l’intermédiaire d’une holding interposée, dans la limite de deux niveaux d’interposition ; l’exonération est alors calculée à proportion de la valeur de la participation soumise à engagement dans l’actif de la holding.

Ce qui a changé récemment

La loi de finances pour 2025 n’a pas modifié le dispositif. La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 (article 8) l’a en revanche recentré, pour les transmissions intervenues à compter du 21 février 2026, sur deux points confirmés par l’administration fiscale dans le BOFiP du 10 août 2026 :

  1. Engagement individuel porté de quatre à six ans. Avec l’engagement collectif de deux ans, la durée minimale totale de conservation atteint désormais huit ans.
  2. Exclusion des biens dits « somptuaires ». La fraction de la valeur des titres représentative de certains actifs ne bénéficie plus de l’exonération de 75 %, sauf s’ils sont exclusivement affectés à l’activité de la société depuis au moins trois ans avant la transmission (ou depuis leur acquisition) et jusqu’au terme de l’engagement individuel. La liste est limitative : biens affectés à la chasse et à la pêche ; véhicules de tourisme, yachts, bateaux de plaisance et avions ; bijoux, métaux précieux, objets d’art et de collection ; chevaux de course ou de concours ; vins et alcools ; logements et résidences. La règle s’applique aussi aux actifs détenus par les filiales contrôlées.

Plusieurs propositions discutées pendant les débats n’ont pas été retenues : suppression de l’engagement réputé acquis, condition d’âge des bénéficiaires, clause anti-abus visant les opérations de family buy-out. Le taux de 75 % et la réduction de 50 % sont inchangés. De nouveaux ajustements restent possibles lors des prochaines lois de finances.

Exemple chiffré : donation d’une PME valorisée 10 M€

Hypothèses : un couple marié sous le régime de la communauté détient 100 % d’une société opérationnelle valorisée 10 M€, sans actif somptuaire. Les deux parents, âgés de 65 ans, donnent la totalité des titres en pleine propriété à leurs deux enfants, à parts égales, sans donation antérieure depuis 15 ans. Chaque enfant reçoit donc 2,5 M€ de chaque parent, soit quatre donations distinctes bénéficiant chacune de l’abattement de 100 000 €. Calcul au barème en ligne directe, hors frais d’acte ; montants arrondis.

Par donation (un parent vers un enfant) Sans Dutreil Avec Dutreil
Valeur des titres donnés 2 500 000 € 2 500 000 €
Exonération de 75 % – 1 875 000 €
Abattement 100 000 € 100 000 €
Base taxable 2 400 000 € 525 000 €
Droits au barème 842 400 € 103 200 €
Réduction de 50 % (donateur de moins de 70 ans) – 51 600 €
Droits dus 842 400 € 51 600 €
Total pour la famille (4 donations) Montant Taux effectif
Sans pacte Dutreil environ 3 370 000 € 33,7 %
Avec pacte Dutreil, donateurs de 70 ans ou plus environ 413 000 € 4,1 %
Avec pacte Dutreil, donateurs de moins de 70 ans environ 206 000 € 2,1 %

Si la société détenait une résidence non affectée à l’activité, la fraction correspondante de la valeur des titres serait taxée sans exonération. Tout repose par ailleurs sur la valeur retenue : une valorisation documentée et défendable limite le risque de rectification.

Céder des titres pendant l’engagement : le coût de la rupture

La date de la vente commande la réponse. L’engagement collectif, deux ans au minimum, doit être en cours au jour de la donation, et l’engagement individuel de six ans commence à son expiration. Le BOI-ENR-DMTG-10-20-40-20, version du 10 août 2026, consacre une subdivision à chacun des deux cas, au I-A et au I-B.

Un donataire qui vend pendant l’engagement collectif perd l’exonération sur la totalité des titres qu’il a reçus sous le régime, quel que soit le nombre de titres vendus : la vente rompt l’engagement collectif, et l’engagement individuel ne pourra plus être respecté. Vendre 5 % des titres reçus rend donc exigibles les droits sur 100 % d’entre eux (paragraphe 50).

Une vente faite plus tard, pendant le seul engagement individuel, rend exigibles le complément de droits et l’intérêt de retard sur l’ensemble de la participation transmise (paragraphe 60). Un cas y échappe, la donation consentie par le donataire à ses propres descendants, à condition qu’ils poursuivent l’engagement jusqu’à son terme (paragraphe 200, et i de l’article 787 B).

Le bénéficiaire paie le complément de droits de mutation sur la valeur retenue au jour de la donation, celle qui figure dans l’acte, quelle que soit la valeur de la société le jour de la revente. Il paie en plus l’intérêt de retard, 0,20 % par mois, soit 2,4 % par an (CGI, article 1727, III), couru du premier jour du mois suivant celui où les droits auraient dû être payés jusqu’au dernier jour du mois du paiement.

La majoration de 40 % de l’article 1729 suppose des indications inexactes fournies au moment de la transmission et un manquement délibéré établi. Un donataire qui vend en cours d’engagement sans avoir rien dissimulé au départ paie les droits rappelés et l’intérêt de retard, et rien d’autre.

Pendant l’engagement collectif, la cession ou la donation faite en faveur d’un autre associé limite la reprise aux seuls titres transmis. Le e ter de l’article 787 B entend par là un signataire de l’engagement, ou l’un de ses ayants cause à titre gratuit, c’est-à-dire celui qui tient ces titres de lui par donation ou par succession. Le donateur qui a signé l’engagement collectif et conserve des titres entre dans cette définition ; la société elle-même n’ayant rien signé, un rachat de ses propres titres pour les annuler ramène à la reprise totale. La règle vaut pour les opérations réalisées à compter du 1er janvier 2019.

L’identité de l’acheteur change donc l’étendue de la reprise plus que le nombre de titres vendus. La vente de 10 % à un tiers coûte l’exonération sur la totalité des titres reçus. Les mêmes 10 % cédés au père signataire, à la sœur qui tient ses titres du même donateur ou à l’associé qui a signé le même engagement ne la coûtent que sur eux-mêmes.

Du côté des autres signataires, la sortie de l’un d’eux laisse le régime en place tant que les seuils du 1 du b de l’article 787 B demeurent collectivement respectés jusqu’au terme de l’engagement collectif, soit 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote dans une société non cotée. Quand la cession fait passer sous ces planchers, l’exonération dont bénéficient les ayants cause des autres signataires tombe. Elle est maintenue si l’acheteur adhère lui-même à l’engagement à hauteur de tout ou partie des titres achetés et si l’engagement collectif est reconduit pour deux ans au moins.

L’apport des titres reçus à une holding ne rompt pas l’engagement, même quand il est partiellement rémunéré par la prise en charge d’une soulte de partage. Trois conditions y sont posées au f de l’article 787 B : les trois quarts du capital de la holding détenus par les engagés, la holding dirigée par l’un d’eux, et l’engagement de conservation poursuivi jusqu’à son terme.

Pour un bien qui cesse d’être affecté à l’activité après la transmission, un logement laissé au bilan par exemple, la reprise ne porte que sur la fraction de la valeur des titres que ce bien représente, appréciée à la date de la transmission (paragraphe 150). Une fusion ou une scission au sens de l’article 817 A du CGI laisse l’exonération en place tant que les titres reçus en échange sont conservés jusqu’au terme des engagements.

Une fois les engagements arrivés à leur terme, le donataire vend librement. Le point de départ des six ans dépend de la voie choisie. Avec un engagement collectif signé, ils courent à compter de son expiration, reconduction tacite comprise, de sorte que l’horizon vu du jour de la donation est de six ans plus ce qui reste à courir sur le collectif. En engagement réputé acquis, ils courent à compter de l’enregistrement de l’acte de donation, et l’immobilisation totale est donc de six ans (BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10, paragraphe 370). La durée de six ans vaut pour les transmissions intervenues à compter du 21 février 2026, date d’entrée en vigueur de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, les transmissions antérieures restant sur quatre ans.

Le prix de revient du donataire pour le calcul de sa plus-value reste la valeur retenue dans l’acte de donation, que les engagements soient allés à leur terme ou non.

Quand la vente à un tiers est déjà envisagée à deux ou trois ans, la donation avant cession hors Dutreil et l’apport-cession de l’article 150-0 B ter répondent mieux, et nous les comparons dans notre article sur la fiscalité de la vente d’une entreprise. Une lettre d’intention signée avant l’acte de donation fait tomber l’antériorité de la donation.

Les erreurs à éviter

  • Signer l’engagement collectif trop tard ou laisser la transmission intervenir alors qu’il n’est plus en cours.
  • Négliger la fonction de direction dans les trois ans qui suivent la transmission.
  • Laisser au bilan des actifs non professionnels (logement, véhicule de prestige, œuvres d’art) sans anticiper la règle des trois ans.
  • Céder, apporter ou redonner des titres pendant les engagements sans vérifier que l’opération entre dans une exception.
  • Oublier de produire les attestations de conservation, notamment dans les trois mois suivant la fin de l’engagement individuel.
  • Croire que la réduction de 50 % s’applique aux successions ou aux donations en nue-propriété.
  • Mettre en place un pacte Dutreil alors qu’une vente de l’entreprise est déjà en préparation.

Questions fréquentes

Mon pacte a été signé avant février 2026 : l’engagement individuel est-il de quatre ou six ans ?

Selon l’administration, la durée de six ans s’applique aux transmissions intervenues à compter du 21 février 2026. Une donation antérieure reste soumise à quatre ans ; une donation postérieure relève des nouvelles règles, même si l’engagement collectif a été signé avant.

Le pacte Dutreil s’applique-t-il si le dirigeant décède sans avoir rien signé ?

Oui, sous conditions : soit l’engagement est réputé acquis (détention et direction depuis au moins deux ans), soit les héritiers concluent un engagement collectif dans les six mois du décès. La réduction de 50 % est en revanche réservée aux donations.

Peut-on donner seulement une partie des titres ?

Oui. Les seuils de 17 % et 34 % s’apprécient au niveau de l’engagement collectif, pas des titres donnés. Le paiement différé et fractionné suppose toutefois, pour une société non cotée, que la transmission porte sur au moins 5 % du capital.

Peut-on donner la nue-propriété et conserver l’usufruit ?

Oui, l’exonération de 75 % reste applicable, à condition que les droits de vote de l’usufruitier soient statutairement limités aux décisions relatives à l’affectation des bénéfices. La réduction de 50 % n’est en revanche pas ouverte aux donations démembrées.

Une holding peut-elle bénéficier du pacte Dutreil ?

Oui, si elle est animatrice de son groupe, ou via une holding interposée dans la limite de deux niveaux. L’exonération est alors limitée à la fraction de valeur représentative de la société opérationnelle, hors actifs somptuaires des filiales.

Avertissement : cet article fournit une information générale et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal. Faites valider votre situation par un notaire ou un avocat fiscaliste avant toute opération. L’équipe Mon Projet PME peut vous accompagner dans la préparation de votre transmission ou de votre cession : prenez contact avec nous.

Sources : Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 (Légifrance) ; BOFiP, actualité du 10 août 2026 sur l’article 8 de la loi de finances pour 2026 ; BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10 (conditions de l’exonération partielle) ; BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-20-40-20, version du 10 août 2026 (remise en cause de l’exonération partielle) ; BOFiP, intérêt de retard de l’article 1727 du CGI ; BOFiP, réduction de droits de l’article 790 du CGI ; impots.gouv.fr, barème et abattements des droits de donation ; economie.gouv.fr, loi de finances 2026 : ce qui change pour les entreprises.

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Cession d’entreprise : informer ses salariés (modèles de lettre 2026) https://www.monprojetpme.fr/cession-dentreprise-comment-communiquer-aupres-de-ses-salaries/ Wed, 16 Sep 2026 08:00:00 +0000 https://www.monprojetpme.fr/?p=8189 Loi du 26 mai 2026 : qui doit informer ses salariés avant une cession, dans quel délai et comment. Tableau avant/après et modèles de lettre (titres et fonds).

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Lorsque vous vendez votre fonds de commerce ou plus de 50 % des titres de votre société, la loi peut vous imposer d’informer vos salariés afin qu’ils puissent, s’ils le souhaitent, présenter une offre de reprise. Depuis la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026, pour les ventes conclues à compter du 27 juillet 2026, cette information individuelle ne concerne plus que les entreprises de moins de 50 salariés et celles de 50 à 249 salariés dépourvues de CSE, avec un délai minimal ramené à un mois avant la vente. Dans les entreprises de 50 salariés et plus dotées d’un CSE, elle est remplacée par l’information-consultation du comité. L’amende civile encourue en cas de manquement est plafonnée à 0,5 % du prix, contre 2 % auparavant.

Article mis à jour en 2026.

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Ce que dit la loi en 2026

Le droit d’information préalable des salariés, dit « loi Hamon », figure aux articles L. 141-23 et suivants du Code de commerce pour le fonds de commerce, et L. 23-10-1 et suivants pour les titres. Il ne confère aux salariés ni droit de préemption ni priorité : vous restez libre de choisir votre acquéreur.

Qui est concerné

  • Moins de 50 salariés : information individuelle de chaque salarié, au plus tard un mois avant la vente.
  • 50 à 249 salariés sans CSE (carence constatée par procès-verbal) : même régime d’information individuelle.
  • 50 à 249 salariés avec CSE : plus d’information individuelle, mais information et consultation du CSE sur le projet.
  • 250 salariés et plus : hors dispositif Hamon, mais la consultation du CSE prévue par l’article L. 2312-8 du Code du travail s’applique.

Les opérations visées

  • la vente d’un fonds de commerce ;
  • la vente de parts sociales représentant plus de 50 % du capital d’une SARL ;
  • la vente d’actions ou valeurs mobilières donnant accès à la majorité du capital d’une société par actions (SA, SAS).

Seule la vente est visée : selon le guide du ministère de l’Économie, la donation, l’apport, la fusion ou l’échange n’entrent pas dans le champ du dispositif.

Les exclusions

  • succession ou liquidation du régime matrimonial ;
  • cession au conjoint, à un ascendant ou à un descendant ;
  • entreprise en conciliation, sauvegarde, sauvegarde accélérée (ajoutée en 2026), redressement ou liquidation judiciaire ;
  • vente intervenant dans les douze mois suivant une information des salariés délivrée au titre de l’information triennale sur la reprise.

Cette information triennale (article 18 de la loi du 31 juillet 2014), qui oblige les sociétés de moins de 250 salariés à informer leur personnel au moins tous les trois ans sur les possibilités de reprise, ne figure pas parmi les dispositions modifiées par la loi de 2026 selon les analyses consultées.

Ce qui a changé avec la loi du 26 mai 2026

La réforme s’applique aux ventes conclues à compter du 27 juillet 2026, la date de référence étant celle de la signature de l’acte de cession.

Point Avant (ventes conclues avant le 27 juillet 2026) Après (à compter du 27 juillet 2026)
Moins de 50 salariés Information individuelle, au moins 2 mois avant la vente Information individuelle, au moins 1 mois avant la vente
50 à 249 salariés avec CSE Information individuelle, au plus tard lors de la consultation du CSE Information-consultation du CSE uniquement
50 à 249 salariés sans CSE Information individuelle, délai de 2 mois Information individuelle, délai de 1 mois
Vente anticipée Possible si chaque salarié renonce à présenter une offre Inchangé
Sanction Amende civile jusqu’à 2 % du prix Amende civile jusqu’à 0,5 % du prix
Procédures exclues Conciliation, sauvegarde, redressement, liquidation Ajout de la sauvegarde accélérée

La vente n’encourt plus la nullité depuis 2015 : un manquement expose à l’amende civile, prononcée à la demande d’un salarié, et le cas échéant à une action en responsabilité. Une vente signée avant le 27 juillet 2026 reste soumise à l’ancien régime.

Comment informer concrètement

Le contenu

La loi n’exige que deux éléments : la volonté de vendre et la possibilité pour les salariés de présenter une offre. Ni le nom de l’acquéreur, ni le prix, ni les comptes ne sont à communiquer. Pour une cession de titres, lorsque le cédant n’est pas le dirigeant, il notifie son projet au chef d’entreprise, qui en informe les salariés sans délai et lui transmet les offres reçues.

Les moyens

Tout moyen rendant certaine la date de réception est admis. Le guide ministériel cite notamment :

  • la remise en main propre contre émargement ou récépissé ;
  • la lettre recommandée avec avis de réception ;
  • le courrier électronique, si la date de réception peut être établie ;
  • la réunion d’information avec feuille d’émargement ;
  • l’affichage avec registre daté et signé ;
  • l’acte de commissaire de justice.

En PME, la remise en main propre contre signature, doublée d’une lettre recommandée pour les salariés absents, reste la solution la plus sûre.

Le calendrier et la preuve

  1. Dressez la liste de tous les salariés, y compris ceux dont le contrat est suspendu.
  2. Informez-les si possible le même jour.
  3. Le délai d’un mois court à compter de la réception par le dernier salarié informé (ou de la notification au dirigeant si le cédant ne l’est pas).
  4. La vente peut être signée à l’expiration du délai, ou plus tôt si chaque salarié a déclaré par écrit ne pas présenter d’offre.
  5. Si la vente n’intervient pas dans les deux ans suivant l’expiration du délai, une nouvelle information est nécessaire.

Conservez récépissés, avis de réception et renonciations : c’est à vous de prouver l’information, et l’acquéreur les demandera au closing.

La confidentialité

Les salariés informés sont tenus à une obligation de discrétion, sauf envers les conseils dont ils ont besoin pour préparer une offre. Un manquement peut justifier une sanction disciplinaire, jusqu’au licenciement. Pour protéger votre projet en amont, voir Vendre sa PME en toute confidentialité.

Au moins 50 salariés : la consultation du CSE

L’article L. 2312-8 du Code du travail impose de consulter le CSE sur toute modification de l’organisation économique ou juridique de l’entreprise, avant la décision définitive. À défaut d’accord, le CSE dispose en principe d’un mois pour rendre son avis, deux mois s’il recourt à un expert. En pratique, l’acquéreur remet une offre ferme et le contrat de cession n’est signé qu’après l’avis du CSE : ce calendrier se prévoit dès la lettre d’intention.

Modèle de lettre d’information des salariés

Ces modèles concernent les entreprises soumises à l’information individuelle, pour une vente conclue à compter du 27 juillet 2026. Adaptez les éléments entre crochets et faites-les relire par votre avocat.

Modèle 1 : cession de parts sociales ou d’actions

— Début du modèle —

[Nom de la société], [forme sociale], [adresse du siège], RCS [ville] [numéro]

À l’attention de [Madame / Monsieur] [Prénom Nom]

Remise en main propre contre décharge / Lettre recommandée avec avis de réception

[Ville], le [date]

Objet : information préalable des salariés (articles L. 23-10-1 et suivants du Code de commerce)

[Madame / Monsieur],

En ma qualité de [Président / Gérant] de [Nom de la société], je vous informe de la volonté de [Prénom Nom ou dénomination du ou des cédants] de céder [des parts sociales représentant plus de 50 % du capital / des actions donnant accès à la majorité du capital] de la société.

Vous avez la possibilité de présenter une offre d’acquisition de cette participation. Vous pouvez l’adresser à [Prénom Nom, qualité], [adresse postale ou électronique], dans un délai d’un mois à compter de la réception du présent courrier.

Si vous ne souhaitez pas présenter d’offre, vous pouvez nous en informer par écrit à la même adresse.

Ces informations sont confidentielles : vous êtes tenu(e) à une obligation de discrétion, sauf à l’égard des personnes dont le concours est nécessaire pour présenter une offre.

Veuillez agréer, [Madame / Monsieur], l’expression de mes salutations distinguées.

[Signature]

Reçu en main propre le [date] – Signature du salarié : [ ]

— Fin du modèle —

Modèle 2 : cession de fonds de commerce

— Début du modèle —

[Nom ou dénomination du propriétaire du fonds], [adresse], [SIREN]

À l’attention de [Madame / Monsieur] [Prénom Nom]

Remise en main propre contre décharge / Lettre recommandée avec avis de réception

[Ville], le [date]

Objet : information préalable des salariés (articles L. 141-23 et suivants du Code de commerce)

[Madame / Monsieur],

Je vous informe de ma volonté de céder le fonds de commerce de [activité] exploité sous le nom [Nom commercial], situé [adresse du fonds].

Vous avez la possibilité de présenter une offre d’acquisition de ce fonds. Vous pouvez l’adresser à [Prénom Nom, qualité], [adresse postale ou électronique], dans un délai d’un mois à compter de la réception du présent courrier.

Si vous ne souhaitez pas présenter d’offre, vous pouvez m’en informer par écrit à la même adresse.

Ces informations sont confidentielles : vous êtes tenu(e) à une obligation de discrétion, sauf à l’égard des personnes dont le concours est nécessaire pour présenter une offre.

Veuillez agréer, [Madame / Monsieur], l’expression de mes salutations distinguées.

[Signature du propriétaire du fonds ou de son représentant légal]

Reçu en main propre le [date] – Signature du salarié : [ ]

— Fin du modèle —

Au-delà de l’obligation légale : bien communiquer

Le bon moment vis-à-vis de l’équipe

Dans un processus structuré, l’annonce à l’ensemble des salariés intervient tard, une fois l’acquéreur choisi et le calendrier stabilisé : une annonce prématurée suivie d’un échec crée une inquiétude durable. Idéalement, la lettre est remise lors d’une réunion où vous expliquez votre démarche et ce qui ne change pas. Pour situer cette étape, voir Comment vendre son entreprise en 5 étapes.

Les managers clés

Un ou deux collaborateurs (direction financière, commerciale ou technique) doivent souvent être mis dans la confidence plus tôt pour préparer les données et rencontrer les acquéreurs. Encadrez-le par un engagement de confidentialité et, le cas échéant, une prime de réalisation : leur maintien pèse sur la valorisation.

Clients et fournisseurs

Aucune obligation générale ne vous impose de les informer, mais vérifiez en amont les clauses de changement de contrôle ou d’intuitu personae. L’annonce intervient en général après la signature, conjointement avec le repreneur. Exemple de message :

— Début du modèle —

Objet : [Nom de la société] rejoint [Nom de l’acquéreur]

[Madame / Monsieur],

Nous vous informons que [Nom de la société] a rejoint [Nom de l’acquéreur] le [date]. Cette opération permettra [objectif : élargir notre offre, assurer la pérennité de l’entreprise].

Vos interlocuteurs, nos conditions commerciales et nos engagements en cours restent inchangés. [Prénom Nom], [fonction], demeure à votre disposition.

Nous vous remercions de votre confiance.

[Prénom Nom du cédant] et [Prénom Nom du repreneur]

— Fin du modèle —

Les erreurs à éviter

  • Réutiliser un modèle antérieur à 2026 mentionnant deux mois, ce qui allonge inutilement le calendrier.
  • Oublier un salarié absent ou dont le contrat est suspendu.
  • Informer oralement sans preuve de la date de réception.
  • Signer la cession avant l’avis du CSE dans une entreprise d’au moins 50 salariés.
  • Annoncer l’opération à toute l’équipe avant que l’acquéreur soit choisi.
  • Négliger les clauses de changement de contrôle des contrats clients, fournisseurs et bail.

Questions fréquentes

Mes salariés peuvent-ils bloquer la vente ?

Non. Vous pouvez refuser leur offre sans justification. L’avis du CSE, lorsqu’il est consulté, ne lie pas le cédant.

Faut-il informer les salariés pour une cession minoritaire ?

Non, seules la vente d’un fonds de commerce et celle d’une participation majoritaire sont visées. Une vente par étapes doit toutefois être analysée par votre conseil.

Une vente signée avant le 27 juillet 2026 relève-t-elle de l’ancien régime ?

Oui : délai de deux mois et amende jusqu’à 2 %. Si l’information a été délivrée avant cette date pour une signature postérieure, faites vérifier votre calendrier par un avocat.

Que risque le cédant qui n’informe pas ses salariés ?

Une amende civile jusqu’à 0,5 % du prix pour les ventes conclues depuis le 27 juillet 2026, et une éventuelle action en responsabilité. La vente n’est pas annulée.

Que deviennent les contrats de travail ?

En cession de titres, l’employeur reste la même société. En cession de fonds de commerce, l’article L. 1224-1 du Code du travail transfère les contrats au repreneur. Sur la fiscalité, voir Vendre son entreprise : à quoi s’attendre en termes de fiscalité.

Cet article constitue une information générale à jour au 16 septembre 2026 et non un conseil juridique. Faites valider votre calendrier et vos courriers par un avocat.

Sources : loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 (Légifrance) ; economie.gouv.fr ; Service Public Entreprendre ; guide pratique du ministère de l’Économie ; Bpifrance Création (information triennale) ; Fidal.

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Lettre d’intention : ce qui vous engage dès la signature https://www.monprojetpme.fr/comment-rediger-une-lettre-d-intention-lorsque-l-on-souhaite-acquerir-une-entreprise/ Mon, 23 Jan 2023 09:15:54 +0000 https://www.monprojetpme.fr/?p=8309 Ce qui vous engage dans une lettre d'intention de cession, ce qui reste négociable, et ce que le juge indemnise en cas de rupture.

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La lettre d’intention que vous recevez annonce un prix. C’est la ligne que tout le monde lit en premier. Elle n’engage pourtant ni vous ni l’acquéreur. Ce qui vous lie dès la signature tient à deux clauses, la confidentialité et l’exclusivité, et aux verbes employés dans le corps du texte. L’article 1112 du code civil pose que l’initiative, le déroulement et la rupture des négociations précontractuelles sont libres, sous réserve de la bonne foi.

Article mis à jour en 2026.

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Les deux clauses qui vous lient dès la signature

La confidentialité joue même sans clause. L’article 1112-2 du code civil prévoit que celui qui utilise ou divulgue sans autorisation une information confidentielle obtenue à l’occasion des négociations engage sa responsabilité dans les conditions du droit commun. Une clause dédiée sert surtout à délimiter ce qui est couvert et à nommer les personnes autorisées à recevoir les documents. Elle fixe aussi la durée de l’obligation après l’arrêt des discussions.

Rien ne vous interdit de parler à d’autres candidats tant qu’aucune exclusivité n’a été signée. Une fois qu’elle l’est, vous cessez de répondre aux autres candidats, et l’acquéreur commence à payer ses auditeurs. Cette immobilisation a une contrepartie, que vous pouvez discuter. Durée calée sur le calendrier des audits, date à laquelle vous reprenez votre liberté si l’offre ferme n’arrive pas, parfois indemnité en cas de rupture sans motif.

Le reste du document contient des engagements accessoires, rarement relus avec attention. Formulées comme des obligations, ces stipulations valent contrat et survivent à l’échec de la cession. Qui paie les honoraires de rédaction des actes, qui supporte le coût des audits, à quelles pièces l’acquéreur aura accès et dans quel délai.

Le verbe employé décide de la portée de l’engagement

L’article 1114 du code civil pose deux conditions. L’offre comprend les éléments essentiels du contrat envisagé et exprime la volonté de son auteur d’être lié en cas d’acceptation ; à défaut, il y a seulement invitation à entrer en négociation. Le juge s’en tient à ces deux conditions, quel que soit l’intitulé du document.

Le 17 septembre 2025, la chambre commerciale de la Cour de cassation a jugé qu’une offre de cession de parts sociales exprimée en pourcentage du capital social satisfait aux exigences de l’article 1114, sans que chaque part ait à être désignée (pourvoi n° 24-10.604, publié au Bulletin).

Le risque n’est pas le même des deux côtés, et le cédant peut se retrouver lié sans l’avoir voulu. Une lettre rédigée comme une promesse unilatérale de vente le prive de la faculté de se rétracter. Le 15 mars 2023, la Cour de cassation a jugé que le promettant signataire d’une promesse unilatérale de vente s’oblige définitivement à vendre dès cette promesse et ne peut pas se rétracter, même avant l’ouverture du délai d’option, sauf stipulation contraire (pourvoi n° 21-20.399, publié au Bulletin). L’article 1124, alinéa 2, du code civil pose la même règle : la révocation pendant le temps laissé au bénéficiaire pour opter n’empêche pas la formation du contrat promis.

En pratique, nous faisons ajouter une mention expresse indiquant que la lettre ne vaut pas engagement de céder et que la cession suppose la signature d’un protocole. Nous relisons ensuite chaque verbe du document. « Envisager », « proposer » et « étudier » n’ont pas le même effet que « garantir » ou « s’engager à ».

Fixer le prix et ses variables avant l’exclusivité

Après la signature de l’exclusivité, les points suivants ne se rouvrent plus.

  • La valeur d’entreprise retenue et la méthode qui y conduit, puis les éléments qui la transforment en prix des titres. C’est là que le prix bouge le plus souvent entre la lettre et la signature, davantage que dans l’audit. Dette financière nette, besoin en fonds de roulement normatif, retraitements, avec pour chacun sa règle de calcul.
  • Les conditions suspensives, en particulier l’obtention du financement, les autorisations administratives et les accords de tiers. Chaque condition mérite d’être nommée, avec la date à laquelle elle doit être levée.
  • Le périmètre et la durée des audits. Dans les métiers techniques, la demande porte sur les agréments, les qualifications, les polices d’assurance et l’historique de sinistres.
  • Les grandes lignes de la garantie d’actif et de passif, c’est-à-dire la durée, le plafond, la franchise et la sûreté envisagée.

La lettre porte aussi la date de remise de l’offre ferme, celle de la signature et celle de la réalisation, faute de quoi l’exclusivité n’a pas de terme.

Rompre les négociations : ce que le juge indemnise

On peut rompre à tout moment, à condition de rester de bonne foi. L’article 1112 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-287 du 20 avril 2018, précise que la réparation du préjudice ne peut avoir pour objet de compenser ni la perte des avantages attendus du contrat non conclu, ni la perte de chance d’obtenir ces avantages.

Le 5 juin 2024, la chambre commerciale a cassé un arrêt de la cour d’appel de Paris qui avait alloué 90 000 euros à un candidat acquéreur évincé, au titre de la perte de chance d’acquérir un fonds de commerce à des conditions économiques satisfaisantes. En indemnisant une perte de chance d’obtenir des avantages attendus du contrat non conclu, les juges du fond ont violé l’article 1112 (pourvoi n° 23-14.904).

L’indemnisation couvre les dépenses engagées pour le dossier, honoraires d’avocat, audits comptables et sociaux, frais de déplacement. Le juge n’indemnise que ce qui est justifié par une facture.

Ce qu’un cédant met au clair avant de signer

Les parties ne peuvent ni limiter ni exclure le devoir d’information de l’article 1112-1 du code civil, et une clause qui prétendrait le faire resterait sans effet. Il ne porte en revanche pas sur l’estimation de la valeur de la prestation : le prix reste l’affaire de chacun.

La date de signature de la lettre commande celle de l’information de vos salariés. Vérifiez ce que vous devrez leur dire, et à quelle date, avant d’arrêter le calendrier. La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 fixe cette obligation pour les cessions conclues à partir de fin juillet 2026.

Nous déconseillons d’aborder cette étape sans avoir mesuré ce que vaut la société et ce qui, dans son fonctionnement, fera tiquer un auditeur. Ce travail se fait avant les premiers contacts, et un diagnostic de cession suffit à le cadrer. Un auditeur revient toujours sur la dépendance au dirigeant, la concentration du portefeuille clients et l’état des contrats.

La lettre doit aussi protéger votre confidentialité, pas seulement celle de l’acquéreur. Une fuite chez un client ou un concurrent pendant les audits laisse des traces bien après la cession, et la discrétion pendant les discussions repose sur une pièce, la liste nominative des personnes autorisées à recevoir les documents.

Les questions que les dirigeants nous posent

Si je signe une lettre d’intention, suis-je obligé de vendre ?

Non, sauf si la lettre a été rédigée comme une promesse de vente. Dès lors que les éléments essentiels sont déterminés et que vous exprimez la volonté d’être lié, vous êtes engagé à vendre. Une mention expresse indiquant que la lettre ne vaut pas engagement de céder, et que la cession suppose la signature d’un protocole, écarte l’ambiguïté.

Combien de temps dure l’exclusivité que l’acquéreur me demande ?

Aucun texte ne fixe de durée. Elle se discute, et sa durée doit correspondre au calendrier des audits. En pratique, elle est calée sur la date de remise de l’offre ferme, avec une clause qui la fait tomber si cette date n’est pas tenue. Sans terme ni condition de sortie, vous restez immobilisé sans date de fin.

Le prix écrit dans la lettre peut-il encore baisser ?

Oui, et cela arrive régulièrement. Deux choses le font baisser, le passage de la valeur d’entreprise au prix des titres, dont la règle figure dans la lettre, et les découvertes de l’audit, qui se négocient poste par poste. Le premier mouvement est le moins visible des deux.

Puis-je continuer à discuter avec un autre acquéreur ?

Tant qu’aucune clause d’exclusivité ne vous l’interdit, oui. Avoir engagé des discussions parallèles ne caractérise pas en soi un comportement déloyal. La prudence consiste à ne pas laisser un candidat engager des frais importants en lui laissant croire qu’il est seul. C’est sur ce point que la mauvaise foi se discute devant le juge.

Je peux la signer sans avocat ?

Ce document commande toute la suite de l’opération, et la relecture coûte peu en comparaison. Un avocat repère les verbes qui engagent, les conditions suspensives trop larges et l’exclusivité sans terme. Un conseil financier vérifie le passage de la valeur d’entreprise au prix des titres, en partant de la règle écrite dans la lettre.

Sources : code civil, articles 1112, 1112-1, 1112-2, 1114 et 1124, versions en vigueur sur Legifrance ; Cour de cassation, chambre commerciale, 15 mars 2023, pourvoi n° 21-20.399, publié au Bulletin ; 5 juin 2024, pourvoi n° 23-14.904 ; 17 septembre 2025, pourvoi n° 24-10.604, publié au Bulletin, base Judilibre ; loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 relative à l’information des salariés en cas de cession.

Vous avez reçu une lettre d’intention et vous voulez un avis avant de la signer ? Échangeons en toute confidentialité.

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Si vous restez au capital, le pacte d’actionnaires fixe votre sortie https://www.monprojetpme.fr/qu-est-ce-que-le-pacte-d-actionnaires/ Mon, 09 Jan 2023 16:25:13 +0000 https://www.monprojetpme.fr/?p=8262 Vous cédez la majorité et vous gardez une part du capital. Le pacte d'actionnaires fixe la formule de prix, la date de sortie et le sort de votre part.

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Vous cédez la majorité de vos titres à un groupe et vous gardez une part du capital. Le prix de la part vendue est payé au closing. Ce que vaudra la part conservée dépend d’un contrat signé le même jour, qui ne sera pas déposé au greffe : le pacte d’actionnaires. Y figurent la formule de calcul de votre prix de sortie, la date à laquelle cette sortie s’ouvre et le traitement réservé à votre départ selon son motif. Avant de signer la lettre d’intention, réclamez les statuts à jour déposés au greffe et le projet de contrat de cession.

Article mis à jour en 2026.

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Qui calcule le prix de votre part, et quand vous la touchez

Deux dates portent de l’argent, celle où votre sortie s’ouvre et celle de l’arrêté de comptes qui servira de base au prix. Si la formule figure au pacte, le prix s’en déduit le jour venu. Sinon, il faudra un accord avec le majoritaire, et un expert ne vous sera imposable que dans deux situations précises.

Pour faire désigner un expert malgré l’autre partie, il faut tomber dans l’une des deux situations de l’article 1843-4 du code civil : la loi y renvoie elle-même pour fixer le prix d’une cession ou d’un rachat, ou les statuts prévoient cette cession sans que la valeur soit déterminée ni déterminable. À défaut d’accord des parties sur le nom de l’expert, le président du tribunal judiciaire ou du tribunal de commerce le désigne, par un jugement que le texte dit rendu sans recours possible.

L’expert, quand il est désigné, applique les règles de détermination de la valeur prévues par les statuts ou par toute convention liant les parties. Votre pacte s’impose donc à lui. Il ne permet pas, à lui seul, de le faire désigner. Une formule utilisable nomme l’agrégat de référence, c’est-à-dire la ligne de compte sur laquelle le multiple s’applique, le multiple lui-même, le traitement de la dette nette, l’exercice retenu et la date d’arrêté des comptes. Entre un résultat d’exploitation et un excédent brut d’exploitation retraité, le prix de votre part n’est pas le même.

Un cédant qui garde une part du capital veut savoir combien il touche si tout va mal, et demande une promesse d’achat à prix minimum. L’objection opposée à ces promesses est la clause léonine, nom de la stipulation qui exonère un associé de la totalité des pertes et que le deuxième alinéa de l’article 1844-1 du code civil répute non écrite. Le montant promis ne suffit donc pas, c’est la rédaction qui tient : une promesse enfermée dans une fenêtre d’exercice datée, qui organise une sortie sans vous mettre à l’abri des pertes tant que vous détenez vos titres, est plus solide qu’un plancher ouvert. Faites écrire cette clause par votre avocat plutôt que de reprendre le modèle de l’acheteur. La révocation d’une promesse unilatérale pendant le temps laissé au bénéficiaire pour opter n’empêche pas la formation du contrat promis, aux termes de l’article 1124 du code civil. Le nom du promettant et la trésorerie dont il dispose comptent autant que la clause elle-même.

Sur les dates, votre pacte a une fin et le fonds qui détient le groupe a son propre calendrier. Un pacte sans durée reste valable, mais chacun peut y mettre fin en respectant le préavis prévu ou, à défaut, un délai raisonnable, les engagements perpétuels étant prohibés par les articles 1210 et 1211 du code civil. Avec une durée fixe, nul ne peut exiger le renouvellement, de sorte qu’un pacte de cinq ans signé avec un investisseur qui détiendra sa participation plus longtemps laisse le minoritaire sans clause de liquidité au moment où la revente se prépare. Demandez le millésime du fonds et sa durée de vie restante, puis posez cette échéance en face de la date de fin du pacte.

Bon sortant, mauvais sortant : le motif du départ change le prix

C’est la clause la plus chère du pacte, et celle que les projets expédient en trois lignes. Les rédacteurs classent les départs en bon sortant, catégorie où l’on trouve le décès, l’invalidité, la retraite et le terme convenu, et en mauvais sortant, qui vise la démission avant une certaine date et la révocation pour faute. Les projets que vous recevrez emploieront les termes anglais, good leaver et bad leaver. Chaque catégorie renvoie à une base de calcul différente, et c’est la base qu’il faut lire, pas l’étiquette.

Le mauvais sortant est parfois payé à la valeur nominale des titres, qui ne représente que le capital souscrit, parfois à leur valeur comptable, c’est-à-dire la quote-part de capitaux propres. Entre ces deux bases et la formule du bon sortant, l’écart porte sur le même nombre d’actions. Regardez aussi ce qui fait basculer d’une catégorie à l’autre : une révocation de mandat social décidée par le majoritaire peut y suffire, dans un groupe où vous ne détenez qu’une fraction du capital. Demandez au rédacteur quel prix est versé dans chacun des cas de départ listés, et sur quel exercice.

Votre argent part dans la holding de l’acheteur

Avant de discuter les clauses, demandez dans quelle société vous remettez votre argent. Quand l’acheteur est un groupe détenu par un fonds, la part réinvestie porte sur une holding de ce groupe et non sur l’entreprise que vous venez de vendre. Chez GO!Formations, qui a racheté Artois Formation à Vendin-lès-Béthune, le fondateur Jean-François Poiteaux est resté en charge des opérations et a réinvesti dans le capital social de GO!Formations, aux côtés de l’équipe de direction (La Gazette France, 28 août 2026). Le trio dirigeant du groupe de courtage en assurance Suire-Sogeas a fait de même aux côtés de Meanings Capital Partners (Fusacq, 4 décembre 2025).

Ce déplacement change la nature de ce que vous détenez. Vous connaissez votre société ; du groupe, vous ne savez rien, ni sa dette d’acquisition, ni le rang de vos titres par rapport à ceux des autres actionnaires. Un montage de ce type compte plusieurs étages, et votre part vaut ce qui reste après remboursement de la dette portée au-dessus de vous, mécanique détaillée dans notre article sur l’acquéreur adossé à un fonds. Avant de souscrire, réclamez l’organigramme du groupe avec le nom de la société émettrice, ses comptes consolidés et le tableau d’amortissement de sa dette d’acquisition.

L’abattement fixe de 500 000 euros du dirigeant qui part à la retraite, prévu par l’article 150-0 D ter du code général des impôts, suppose des conditions que le réinvestissement met à mal. Le cédant doit cesser toute fonction dans la société vendue et faire valoir ses droits à la retraite dans les deux ans de la cession, décomptés de date à date. Il ne doit détenir aucun droit chez la société cessionnaire, l’administration ne tolérant que 1 % au plus, apprécié à la cession et pendant les trois années suivantes (BOFiP BOI-RPPM-PVBMI-20-40-10-40, version du 14 novembre 2024, paragraphes 330, 340 et 470 à 490, et BOI-RPPM-PVBMI-20-40-20 du 5 juillet 2022). Au-delà de ce seuil de 1 %, l’abattement tombe, et quelques points de capital de la holding suffisent à le dépasser. L’autre voie consiste à apporter des titres à une holding pour placer la plus-value en report d’imposition, sous le régime de l’article 150-0 B ter du même code. Dans sa version en vigueur depuis le 21 février 2026, ce régime impose à la holding, en cas de cession dans les trois ans, d’investir au moins 70 % du produit dans un délai de trois ans et de conserver les biens ou titres réinvestis pendant cinq ans au moins, ce qui ne correspond plus à l’état du droit décrit par les pages antérieures à 2026. Faites chiffrer ces deux branches par un avocat fiscaliste avant la lettre d’intention, en même temps que la fiscalité de l’opération dans son ensemble.

Statuts ou pacte : la sanction diffère

La même clause ne se sanctionne pas de la même façon selon qu’elle est aux statuts ou au pacte. Prenez le droit de préemption, qui vous réserve la priorité sur les titres qu’un associé veut vendre, et l’agrément, qui soumet l’entrée d’un nouvel actionnaire à l’accord de la société. Dans les statuts d’une société par actions simplifiée, l’article L. 227-15 du code de commerce frappe de nullité la cession faite en violation des clauses statutaires, la portée exacte de ce texte sur une préemption statutaire restant discutée. Au pacte seulement, vous obtiendrez des dommages et intérêts, et l’exécution en nature reste incertaine contre un tiers qui a déjà acheté. Pendant ce temps, celui qui a violé le pacte a encaissé son prix. Ces articles L. 227 ne valent que pour la société par actions simplifiée : dans une société anonyme, l’agrément relève des articles L. 228-23 et suivants, et dans une société à responsabilité limitée de l’article L. 223-14.

Une exception vaut pour une clause du pacte, et c’est la plus utile. L’article 1123 du code civil permet au bénéficiaire d’un pacte de préférence d’agir en nullité du contrat conclu avec un tiers, ou de demander au juge de le substituer à ce tiers, quand celui-ci connaissait l’existence du pacte et votre intention de vous en prévaloir. Cette preuve de connaissance se prépare, en notifiant l’existence du pacte aux candidats acquéreurs. Le tiers garde de son côté un moyen de se couvrir : il peut vous demander par écrit de confirmer, dans un délai raisonnable qu’il fixe, que le pacte existe et que vous entendez l’invoquer. Votre silence passé ce délai vous ferme la substitution comme la nullité, donc gardez la preuve de votre réponse.

Une clause ne figure que dans les statuts, l’inaliénabilité, qui peut interdire la revente des actions pendant dix ans au plus et qui exige l’unanimité des associés pour être adoptée comme pour être levée. Le projet de statuts porte cette durée, et c’est le nombre d’années qui vous resteraient si le majoritaire refusait de la lever.

Ce qui s’écrit dans la lettre d’intention

Le pacte est rédigé entre la lettre d’intention et le closing, à partir d’un projet qu’apporte en pratique le conseil de l’acquéreur, et signé le jour de la vente. Rien ne vous interdit d’en réclamer un projet complet avant la fin de l’exclusivité, et nous le demandons. Mais au moment de signer la lettre d’intention, ce que vous pouvez obtenir sans retarder le calendrier, c’est une annexe qui en fixe les termes financiers.

Cette annexe peut être courte. Elle arrête la valeur retenue pour votre entrée au capital et le nom de la société émettrice, la formule applicable à votre sortie et la date à partir de laquelle celle-ci est ouverte, puis le prix qui vous est versé selon que votre départ est volontaire, provoqué par la maladie ou motivé par une faute.

La gouvernance remplit les projets de pacte, et elle ne finance pas votre sortie. Un veto, un siège au comité de direction et une information trimestrielle vous donnent de la visibilité, pas de la liquidité. Le veto qui vaut la peine d’être demandé porte sur une nouvelle dette d’acquisition souscrite au-dessus de vous, parce qu’une dette nouvelle passe devant vous au remboursement. Votre présence dans l’entreprise après la vente, sujet de l’article sur le fait de rester après la vente, se négocie dans le même temps.

La sortie conjointe et l’obligation de céder se rédigent dans des termes voisins et jouent contre vous dans un cas sur deux. La sortie conjointe, tag along dans les projets, est votre droit de partir avec le majoritaire au prix qu’il obtient, le jour où il revend le groupe. L’obligation de céder, drag along, est le droit inverse : celui du majoritaire de vous contraindre à vendre avec lui, au prix et au moment qu’il choisit. Notre diagnostic de cession sert à préparer ces points avant l’ouverture des discussions. Le jour où elles s’ouvrent, votre dossier contient les statuts à jour, l’annexe financière de la lettre d’intention et le chiffrage fiscal du réinvestissement.

Les questions que posent les dirigeants qui gardent une part du capital

Le pacte d’actionnaires est-il obligatoire ?

Aucun texte ne l’impose. Il devient inévitable dès qu’un acheteur majoritaire et un cédant minoritaire partagent le même capital, les statuts ne réglant ni la date ni le prix de la sortie du minoritaire. Le projet arrive avec les documents de closing.

À quel prix pourrai-je revendre la part que je garde ?

Au prix que donne la formule inscrite au pacte, appliquée à l’exercice de référence qu’elle désigne, et au prix réduit prévu pour le mauvais sortant si votre départ entre dans cette catégorie. Sans formule, le prix vient d’un accord entre les parties, l’expert de l’article 1843-4 du code civil n’étant accessible que si la loi ou les statuts y renvoient.

Que se passe-t-il si l’acheteur ne respecte pas le pacte ?

Il doit des dommages et intérêts, et vous pouvez poursuivre l’exécution en nature après mise en demeure. La nullité d’une cession irrégulière vient des clauses inscrites dans les statuts, avec une exception pour le pacte de préférence, que l’article 1123 du code civil permet de faire sanctionner par la nullité ou par votre substitution au tiers de mauvaise foi.

Est-ce que le pacte sera public ?

Non, il reste entre ses signataires, et c’est pour cela qu’on y place ce que l’on ne souhaite pas voir au greffe, à commencer par les valeurs et les formules. Les clauses dont vous attendez qu’une cession irrégulière soit annulée ont intérêt à figurer dans les statuts, consultables par tous au registre du commerce.

Puis-je revendre ma part avant la fin du pacte ?

Vous pouvez signer une cession, sous réserve de l’agrément prévu aux statuts, en acceptant de devoir des dommages et intérêts au titre du pacte. Une sortie organisée passe plutôt par la clause de liquidité, par un accord avec le majoritaire, ou par le rachat de vos titres par la société, qui doit alors les céder dans un délai de six mois ou les annuler.

Cet article décrit l’état des textes à la date indiquée et ne remplace pas l’avis d’un avocat sur la rédaction de votre pacte ni celui d’un avocat fiscaliste sur le chiffrage de votre réinvestissement.

Sources : code de commerce, articles L. 223-14, L. 227-13, L. 227-15, L. 227-19 et L. 228-23 ; code civil, articles 1123, 1124, 1210, 1211, 1212 et 1843-4, et deuxième alinéa de l’article 1844-1, textes consultés sur Legifrance le 7 octobre 2026 ; code général des impôts, articles 150-0 D ter et 150-0 B ter ; BOFiP BOI-RPPM-PVBMI-20-40-10-40, version du 14 novembre 2024, et BOI-RPPM-PVBMI-20-40-20 du 5 juillet 2022 ; La Gazette France, 28 août 2026 (GO!Formations et Artois Formation) ; Fusacq, 4 décembre 2025 (Suire-Sogeas et Meanings Capital Partners).

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Transmettre à l’enfant qui reprend, payer celui qui ne reprend pas https://www.monprojetpme.fr/les-bonnes-questions-a-se-poser-avant-de-transmettre-l-entreprise-familiale-a-ses-enfants/ Thu, 08 Sep 2022 14:16:35 +0000 http://www.monprojetpme.fr/?p=5717 La fiscalité vient après. Il faut d'abord savoir ce que recevront les enfants qui ne reprennent pas, car c'est cette réponse qui dicte s'il faut donner ou vendre.

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Vos enfants travaillent avec vous, les salariés les connaissent, et la suite semble écrite. La fiscalité vient après. Il faut d’abord savoir ce que recevront les enfants qui ne reprennent pas, parce que c’est cette réponse qui détermine s’il faut donner, vendre, ou les deux.

Le pacte Dutreil a été resserré par l’article 8 de la loi de finances pour 2026. L’engagement de conservation des donataires passe de quatre à six ans, et une partie du patrimoine logé dans la société sort de l’exonération. Rédaction en vigueur depuis le 21 février 2026.

Article mis à jour en 2026.

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Le partage avant le montage

La quotité disponible est de la moitié des biens avec un enfant, du tiers avec deux enfants, du quart avec trois ou plus (article 913 du code civil). Dépasser cette quotité ne rend pas la donation nulle. En donation-partage, les biens reçus par un réservataire présomptif s’imputent sur sa part de réserve, sauf stipulation expresse hors part (article 1077), et la libéralité n’est réductible que pour l’excédent. Avec deux enfants, celui qui reprend peut donc recevoir jusqu’aux deux tiers du patrimoine avant qu’une réduction soit concevable.

Le calcul lui-même intervient au décès, et sa base surprend. Les biens donnés sont fictivement réunis à la masse d’après leur état à l’époque de la donation et leur valeur à l’ouverture de la succession (article 922). Autrement dit, votre fille recevra des titres dont la valeur retenue sera celle du jour de votre décès, après quinze ans de son propre travail. C’est de là que naissent les contentieux entre frères et sœurs.

La donation-partage déplace cette date. Sauf convention contraire, les biens donnés sont évalués au jour de la donation-partage pour l’imputation et le calcul de la réserve, mais à des conditions cumulatives : tous les héritiers réservataires vivants ou représentés au décès ont reçu un lot dans le partage, chacun l’a expressément accepté, et aucune réserve d’usufruit ne porte sur une somme d’argent (article 1078). L’enfant qui n’a pas concouru à l’acte, ou qui a reçu moins que sa réserve, garde l’action en réduction de l’article 1077-1.

Un enfant majeur peut y renoncer d’avance, au profit d’une ou de plusieurs personnes déterminées. L’acte est lourd à dessein : acte authentique spécifique reçu par deux notaires, signé séparément par chaque renonçant en présence des seuls notaires, mentionnant précisément ses conséquences futures, et nul si ces formes ne sont pas respectées (articles 929 et 930).

Le financement de la soulte arrive ensuite. Celui qui reçoit l’entreprise verse une somme à ceux qui reçoivent le reste, et elle ne sort pas de la trésorerie de la société mais de son patrimoine à lui, ou d’un prêt personnel. Les titres reçus peuvent aussi être apportés à une holding qui prend en charge tout ou partie de cette soulte, sans que l’exonération Dutreil tombe. Le f de l’article 787 B pose pour cela quatre conditions : l’actif brut de la holding doit être composé à plus de 50 % de participations dans la société engagée, depuis l’apport et jusqu’au terme des engagements ; les trois quarts au moins de son capital et des droits de vote doivent appartenir aux personnes tenues à ces engagements ; elle doit être dirigée directement par l’une d’elles ; et chacune conserve jusqu’au terme les titres reçus en échange.

L’immobilier logé dans une SCI, l’assurance-vie et l’abattement de 100 000 euros par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans, entrent dans la même balance, avant qu’on parle de pacte Dutreil.

Qui dirige, et qui possède

L’acte de donation dit qui possède, les statuts disent qui décide. Un enfant peut recevoir du capital sans jamais occuper de fonction, un autre diriger en ne détenant qu’une minorité. Posez la question à chacun seul. Devant la famille réunie, l’enfant qui préférerait de l’argent ne le dira pas, et les conjoints, qui vivront la dette et les années sans dividende, ne parleront pas du tout.

Si vous n’êtes pas seul au capital, le premier document à sortir n’est pas la déclaration de donation, ce sont les statuts à jour et le pacte signé. Notre article sur le pacte d’actionnaires décrit une par une les clauses qui peuvent interdire ou retarder la donation que vous préparez.

Donner : l’engagement de conservation s’allonge

L’exonération du pacte Dutreil porte sur l’assiette, pas sur les droits. Trois quarts de la valeur des titres sortent de la base taxable, et comme le barème des droits de mutation est progressif, l’allègement de la facture dépasse les 75 %. S’y ajoute une réduction de moitié des droits, réservée aux donations en pleine propriété qui remplissent les conditions du régime et consenties avant les soixante-dix ans du donateur (article 790). Notre article sur le pacte Dutreil détaille les conditions d’éligibilité, à commencer par l’activité opérationnelle exigée de la société.

Sans pacte signé, l’engagement collectif peut être réputé acquis. Il l’est quand les titres que vous détenez depuis deux ans au moins, seul ou avec votre conjoint, atteignent les seuils requis, soit 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote d’une société non cotée, et que vous exercez dans la société depuis deux ans au moins votre activité professionnelle principale ou une fonction de direction. Un dirigeant installé de longue date peut donc donner sous ce régime sans avoir jamais rien signé.

Encore faut-il franchir les 34 % de droits de vote, et c’est là que s’arrête le dirigeant d’une société familiale partagée entre frères et sœurs. Celui qui détient 29 % n’atteint pas le seuil seul, car les titres de ses frères et sœurs n’entrent pas dans ce calcul, à la différence de ceux de son conjoint ou de son partenaire de PACS. Il doit alors signer un engagement collectif avec un ou plusieurs associés, qui s’engagent sur la même durée que lui. Ce qu’il leur concède en échange de cette signature se négocie avant la donation, pas après.

La fonction de direction attendue n’est pas celle qu’on imagine. La liste est limitative et ne connaît que des mandats sociaux, gérant statutaire, associé en nom, président, directeur général, président du conseil de surveillance ou membre du directoire (article 975, III, 1, 1°). Un directeur commercial ou un directeur d’exploitation n’en relève pas. En sens inverse, et contrairement à l’abattement du dirigeant partant à la retraite, le pacte Dutreil n’impose aucune condition de rémunération à celui qui dirige.

Ce qui a bougé en février 2026 touche la durée et le périmètre. Chaque donataire s’engage maintenant à conserver ses titres six ans à compter de l’expiration de l’engagement collectif, contre quatre ans jusque-là. Quand un engagement collectif a été signé, ces six ans courent à compter de son expiration, et comme le texte exige seulement qu’il soit en cours au jour de la donation, l’immobilisation totale de huit ans se compte depuis la signature du pacte et non depuis la donation. Quand il est réputé acquis, les six ans courent à compter de l’acte de donation lui-même, et l’immobilisation s’arrête donc à six ans (BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10, paragraphe 370).

Le périmètre, lui, a été rogné. La fraction de valeur des titres qui correspond aux logements et résidences, aux véhicules de tourisme et aux autres biens de loisir quitte l’exonération dès lors que la société ne les affecte pas exclusivement à son activité pendant les trois années qui précèdent la transmission, ou depuis leur acquisition, et jusqu’au terme de l’engagement. Un appartement ou deux voitures au bilan doivent donc sortir trois ans avant la donation, et cette sortie a elle-même un coût fiscal à chiffrer.

Personne ne demande ce que coûte une rupture avant de signer. Le donataire qui cède ses titres pendant l’engagement rembourse les droits dont il avait été dispensé, majorés d’un intérêt de retard de 0,20 % par mois. La majoration de 40 % ne s’ajoute qu’en cas de manquement délibéré établi, et n’est donc pas le prix ordinaire d’un pacte rompu. La reprise est en outre totale et non proportionnelle, de sorte que vendre un dixième des titres reçus coûte l’exonération sur la totalité. Elle est limitée aux seuls titres cédés quand l’acheteur est lui-même un autre associé de l’engagement collectif (e ter de l’article 787 B). D’où l’intérêt de faire adhérer l’acheteur à l’engagement avant de signer.

Donner la nue-propriété en gardant l’usufruit reste éligible au régime, à deux conditions. Les statuts doivent limiter les droits de vote de l’usufruitier aux seules décisions d’affectation des bénéfices, et l’administration exige que ces donations fassent nécessairement l’objet d’un écrit, là où un don manuel suffit en pleine propriété. L’exonération s’applique alors à la valeur de la nue-propriété, déterminée par le barème de l’article 669 du code général des impôts, qui varie avec votre âge. Le prix de ce confort est chiffrable, puisque la réduction de moitié des droits de l’article 790 exige la pleine propriété. Garder l’usufruit conserve donc le Dutreil et perd les 50 %.

Vendre à ses enfants : le financement, puis l’abattement

Vendre ne supprime pas la question de l’égalité, puisque le prix entre dans votre patrimoine et que le partage se posera à votre décès. Vendre la déplace vers le financement. La banque prête au repreneur, par une holding qu’il constitue pour l’occasion, et les dividendes de l’entreprise remontent pour rembourser au lieu de financer les machines. Le prix doit donc tenir dans la capacité de remboursement sur la durée du crédit, cinq à sept ans, et non dans ce que la famille a toujours dit que l’affaire valait. Notre page sur la valorisation décrit la mécanique. Entre parents et enfants, un prix minoré expose de surcroît à une requalification en donation déguisée, d’où l’intérêt d’un rapport de valorisation daté et motivé, annexé à l’acte.

Une vente dégage une plus-value, et l’article 150-0 D ter du code général des impôts ouvre alors au dirigeant un abattement fixe de 500 000 euros, qui s’applique à l’ensemble des gains portant sur les titres d’une même société et ne se fractionne donc pas entre deux ventes successives. Ses conditions portent sur les cinq années qui précèdent la cession : fonction de direction effective et normalement rémunérée, cette rémunération représentant plus de la moitié de vos revenus professionnels, et 25 % des droits de vote ou des droits aux bénéfices détenus sans interruption. La cession doit porter sur l’intégralité de vos titres ou sur plus de la moitié des droits de vote.

La société doit aussi répondre à la définition européenne de la petite ou moyenne entreprise, et la phrase du règlement mérite d’être lue mot pour mot. Elle vise les entreprises qui occupent moins de 250 personnes et dont le chiffre d’affaires annuel n’excède pas 50 millions d’euros ou le total de bilan 43 millions. Les deux seuils financiers sont alternatifs, et une société de 180 personnes qui réalise 56 millions avec un bilan de 30 millions reste donc une PME. Un associé détenant 25 % ou plus rend la société partenaire, et une quote-part de ses données s’ajoute aux vôtres, ce qui change le calcul quand un fonds figure à votre capital. La condition s’apprécie à la clôture des deux derniers exercices précédant la cession.

Le délai de retraite joue dans les deux sens : vous devez cesser toute fonction et faire valoir vos droits dans les deux années qui suivent ou qui précèdent la cession, soit une fenêtre de quatre ans. Et lorsque l’acheteur est une société, vous ne devez y détenir aucun droit de vote ni aucun droit aux bénéfices, ni directement ni indirectement, à la signature comme pendant les trois années suivantes. Garder 5 % de la holding de vos enfants pour suivre les comptes suffit à faire tomber l’abattement, y compris deux ans plus tard.

Le régime n’est pas permanent, ce que notre article sur la fiscalité de la cession replace dans l’ensemble du calcul. Il couvre les cessions réalisées jusqu’au 31 décembre 2031, et un complément de prix doit lui aussi être perçu avant cette date pour en bénéficier.

Après la donation, votre nom reste engagé

La donation ne vous décharge pas des cautions que vous avez signées. Pour le crédit d’investissement comme pour le bail des locaux, il faut que le créancier accepte de vous libérer ou de substituer le nouveau dirigeant, et il décide au vu de la surface du repreneur. Le crédit-bailleur est celui qu’on oublie, alors qu’il cumule une caution, une clause de changement de contrôle et des levées d’option à venir.

Votre compte courant d’associé est une créance sur la société, à rembourser, à abandonner ou à laisser en place, et c’est aussi une partie de vos revenus futurs. Même remarque pour le loyer de la SCI familiale et pour un mandat rémunéré résiduel, qui fait tomber la condition de cessation de fonctions de l’abattement. L’annexe des comptes annuels recense les engagements donnés par la société, pas les cautions que vous avez signées en votre nom, et celles-là se reprennent une par une avec la banque, le crédit-bailleur et le bailleur.

En rendez-vous, les mêmes questions reviennent

Aucun de mes enfants ne veut reprendre, qu’est-ce que je fais de mes titres ?

La reprise par l’encadrement est la piste la plus courte quand un directeur est en place depuis des années, et plus encore quand des cadres figurent déjà au capital. Vous pouvez aussi vendre une partie de vos titres à une holding que vous contrôlez encore, pour encaisser sans quitter les commandes, en sachant que ce schéma et l’abattement de 500 000 euros s’excluent. La troisième voie est la cession à un groupe du secteur ou à un acquéreur adossé à un fonds. Dans tous les cas le calendrier commande, avec cinq ans de fonctions et de détention pour l’abattement et deux ou trois exercices pour présenter des comptes lisibles.

Un de mes enfants peut-il renoncer d’avance à contester la donation ?

Oui, par la renonciation anticipée décrite plus haut. Elle n’engage le renonçant qu’à compter du jour où vous l’acceptez, et elle peut viser toute la réserve, une fraction seulement, ou la seule réduction d’une libéralité portant sur un bien déterminé. Elle ne règle en revanche pas la question du paiement : un enfant qui renonce à contester peut parfaitement vouloir être payé, et c’est alors la soulte ou un autre actif qui répond.

Je ne détiens pas tout le capital, puis-je donner mes titres à mes enfants ?

Cela dépend de vos statuts et de votre pacte, pas du droit des successions. Une clause d’agrément peut soumettre la donation à l’accord des autres associés, un droit de préemption peut leur permettre de se porter acquéreurs, et un fonds minoritaire négocie des droits propres sur les mouvements de titres. Ce point passe avant tout autre, parce qu’il peut condamner le schéma d’entrée.

L’abattement de 500 000 euros efface-t-il tout l’impôt sur la vente ?

Non. Il ne joue que pour l’impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux restant dus sur la totalité de la plus-value. Sur une cession d’un montant significatif, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus peut en outre s’ajouter. Le chiffre de 500 000 euros ne doit donc pas être lu comme un montant encaissé net.

Faut-il attendre d’avoir liquidé ma retraite pour transmettre ?

Non, et l’erreur inverse est plus fréquente. Pour l’abattement, la cessation de fonctions et la liquidation de la retraite doivent intervenir dans les deux ans qui suivent la cession ou dans les deux ans qui la précèdent. Pour une donation sous pacte Dutreil, l’exigence est différente, et elle n’est pas la même dans les deux voies. Avec un engagement collectif signé, un signataire comme un donataire peut exercer la fonction de direction pendant l’engagement et les trois années suivant la transmission, donc vous pouvez rester aux commandes. En réputé acquis, l’administration l’attend de l’un des donataires : faute d’avoir signé un engagement, le donateur qui dirige seul ne satisfait pas la condition (BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10, paragraphe 395).

Cet article décrit l’état des textes au 23 octobre 2026. Un schéma de transmission familiale s’arrête avec votre notaire et votre avocat fiscaliste, au vu de votre situation patrimoniale, de vos statuts et de votre pacte. Un diagnostic de cession permet de chiffrer la valeur et de comparer les voies avant d’engager l’un ou l’autre.

Sources : code civil, article 913 (Legifrance), articles 922, 929 et 930 (Legifrance), articles 1076 à 1078 (Legifrance) ; code général des impôts, article 787 B, version en vigueur depuis le 21 février 2026 (Legifrance) ; code général des impôts, articles 790 et 975 (Legifrance) ; code général des impôts, article 150-0 D ter, version en vigueur depuis le 21 février 2026 (Legifrance) ; loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 8 ; article 28, VI, C de la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 de finances pour 2018, pour la borne du 31 décembre 2031 ; annexe I du règlement (UE) n° 651/2014 du 17 juin 2014, articles 2 à 6, pour la définition de la PME ; BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10 et BOI-ENR-DMTG-10-20-40-20, version du 10 août 2026 ; BOFiP BOI-RPPM-PVBMI-30-20, version du 18 août 2025 ; articles 1727 et 1729 du code général des impôts.

Avant d’arrêter un schéma, faites-le relire par quelqu’un qui n’est ni votre notaire ni votre banquier. Échangeons en toute confidentialité.

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